"POURQUOI UN FORT A BRON" ?

« Si des fautes graves ou des accidents malheureux ouvraient à l’ennemi les passages du Jura ou des Alpes de Savoie, c’est à Lyon que se rallieraient nos forces et c’est autour de Lyon que se déciderait le sort de la campagne sur ces frontières »(1)

« Lyon, placé au confluent de la Saône et du Rhône, a été reconnu de tout temps comme l’objectif imposé à l’ennemi qui opèrera dans l’un ou l’autre de ces vallées »(2)

Bien d’autres exemples peuvent être cités, indiquant tous, l’importance donnée à la position de Lyon, et à la nécessité de sa défense. Fruit d’études successives, menées en 1872 et 1873, un plan de fortifications nouvelles est approuvé en 1874, du moins dans ses grandes lignes.

Il vise à mettre l’agglomération lyonnaise à l’abri d’une attaque de vive force ou d’un bombardement destructeur, mené par une artillerie ennemie installée à la portée de ses pièces (9 km environ, à cette époque).

Une ceinture de Forts, pourvus eux-mêmes de puissants canons et de batteries intermédiaires, entoure petit à petit la ville, sur un cercle de plus de 56 km de circonférence.

La rive gauche du Rhône, qui forme l’extrémité de la plaine du Dauphiné est une zone d’attaque privilégiée pour un assaillant éventuel. On recherche donc les points d’où il est possible de la dominer et d’interdire à l’ennemi d’avancer ou de pouvoir installer son artillerie.

 

Positions et axes de tirs de batteries supplémentaires, en rouge sur le plan.

 

Notons au passage, que jusqu’en 1884-1886, le tir au canon ne se pratique pas aux instruments, mais en direct, avec une visée, comme le fusil, par exemple. Cela implique, non seulement des pointeurs à l’œil perçant mais également des positions en hauteur d’où la vue s’étend au loin, sans obstacle.

Le plateau de Bron haut de 212 m, contre 170 en moyenne à Lyon, assure ainsi déjà une protection pour la ville distante de 7 à 8 km. Il domine la plaine alentour, jusqu’aux hauteurs de Décines, Chassieu, Saint-Priest. Un fort placé à son extrémité Est, peut empêcher, par ses feux, tout débouché dans ces directions. Il peut aussi prendre à partie plusieurs axes de communication importants.

Un projet est élaboré par les Services de l’Artillerie et du Génie, et le dossier est transmis à Paris. Le 8 mai 1874, le Ministre de la Guerre, le général Courtot De Cissey, approuve la réalisation d’un fort de premier ordre, à Bron, dont la construction peut alors commencer.

LE FORT : CONSTRUCTION ET DESCRIPTION

Avant de débuter les travaux, il faut tout comme aujourd’hui, obtenir les terrains nécessaires. Un jugement d’expropriation est rendu le 10 juin 1874, et permet l’acquisition, en juin 1874 et février 1875, de 24 hectares, 21 ares, 19 centiares, auprès de 38 propriétaires, allant du Docteur Poulet, pour 80 centiares, à Jules Mas pour 5 hectares, 66 ares…

Nous avons malheureusement peu de renseignements sur la construction du Fort, proprement dite. Bien entendu, le travail se fait à la main, la seule énergie disponible à cette époque étant celle du cheval. Plusieurs centaines d’ouvriers sont alors utilisés, faisant appel en presque totalité à de la main d’œuvre civile, certaine ouvriers venant sans doute de régions avoisinantes, voire de l’étranger.

A l’aide de pioches, de pelles, de brouettes, de tombereaux, les fossés se creusent, et fournissent une partie de la terre qui monte les buttes placées à l’intérieur (voir le plan central), et recouvre les constructions élevées en pierre taillées, puis assemblées au mortier. Ces pierres provenaient de "Trep" et des carrières de Couzon au Mt d'or.

Ceci représente un chantier qui fonctionne de début 1875, à fin 1877, pour un coût de 3 014 578 francs, tenant compte d’un dépassement dû à une mauvaise estimation au début des travaux, car 40 000 m 3 de terre sont nécessaires, en plus des déblais des fossés (3).

Le Fort est maintenant virtuellement terminé, sauf quelques aménagements à réaliser dans les années à venir. Il se présente selon un tracé pentagonal, délimité par un fossé profond de 6 à 8 mètres et large de 12 à 14 mètres. Ce fossé doit empêcher de pénétrer de plain-pied dans l’ouvrage. D’ailleurs les fossés sont battus par les feux de casemates enterrées "les caponnières". Le mur intérieur "mur d’escarpe", est lui-même percé de nombreuses meurtrières.

A l’intérieur du Fort proprement dit, des talus, hauts d’une dizaine de mètres assurent une protection par leur masse formant écran et permettent de placer les canons à une hauteur supérieure, pour une meilleure visibilité.

Ces talus de terre recouvrent également les locaux, couloirs, galeries nécessaires au logement, magasins, circulations… afin d’offrir la plus grande protection possible. De nombreux puits ou cheminées, verticaux débouchent à l’air libre, et assurent l’éclairage le jour, et la ventilation. Ils peuvent être momentanément obstrués, en cas de bombardement.

(1) Eugène Tenot : Les nouvelles défenses de la France – 1893

(2) lieutenant-colonel Tartrat : cours de l’Ecole Supérieure de Guerre –1886

(3) 760 000 F en 1875, 1 230 000 F en 1876, 745 000 F en 1877, 19 000 F en 1878, plus de 260 578 francs de frais d’acquisition

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