L’ARMEMENT

Un fort n’existe qu’au travers de son armement. Il est sa véritable raison d’être. Lors du projet initial, c’est l’artilleur qui agit en premier, choisit le lieu de la position, détermine l’importance et le nombre des canons, désigne les objectifs. Le Génie n’intervient qu’ensuite, pour protéger, selon les règles de l’art, les emplacements des pièces par un tracé savant, et les constructions appropriées.

Avant la guerre de 1870, l’artillerie n’utilise encore que des canons à peu près semblables à ceux de Napoléon. En bronze, à âme lisse, ils se chargent par la bouche, et sont d’une efficacité médiocre.

Le dernier conflit voit apparaitre trois modifications capitales qui sont en partie responsables de la refonte des fortifications. Le tube du canon est rayé, ce qui donne au projectile une meilleure précision, et une meilleure portée. Un système de fermeture mobile, appelé culasse, permet le chargement par l’arrière, plus facile, qui augmente la cadence de tir. Enfin,l’acier remplace progressivement le bronze, ce qui assure une longévité plus grande aux pièces.

Bron se trouve au cœur de ces bouleversements. Il est armé à l’origine de pièces de 160 mm, ancien canon de marine dont le tube à été rayé, et de 138 mm, plus moderne, mais toujours fabriqué en bronze.

Avec ses armes, le Fort de Bron peut atteindre une portée de 5 à 6 km. En 1880, il voit son rayon d’action porté jusqu’à 8 km, avec le nouveau matériel "De Bange", pièces d’acier de calibre 155, ou 120 mm, montées sur des affûts spéciaux, qui restent en service, même après 1914.

Nous avons ainsi 17 canons placés sur la butte la plus élevée, appelée "cavalier" (par comparaison avec l’homme qui, monté sur un cheval, se trouve plus haut que celui qui est debout à ses côtés). L’enceinte basse du fort, peut accueillir, elle, 13 autres canons.

N’oublions pas les 10 pièces prévues pour tirer en enfilade dans les fossés comme le modèle Hotchkiss, 1879 de 40 mm sur affût modèle 1882. Composé d'un faisceau de cinq canons. Armement principal des casemates défendant les fossés des forts Séré de Rivières (caponnière), Ce canon tire des obus, non explosifs, car la boite à balles (balles de plomb durcies à l'antimoine) ne contient que de la sciure maintenant les 24 balles en plomb! L'étui se déchire dans l'âme et forme une gerbe +/- ouverte suivant le pas d'un des 5 tubes. (d'après ZEDET Jean-Pierre membre des Amis du fort du Mont-Vaudois, de La Caponnière, auteur d'un livre sur le canon-revolver Mle 1879). Cette munition explosive de faible puissance ne détériore pas les maçonneries des fossés des ouvrages tout en demeurant redoutable pour l'ennemi si celui-ci parvient à franchir le mur de contrescarpe. Les obus sont introduits par le pourvoyeur dans la glissière située à gauche de la pièce, tandis que le tireur actionne la manivelle pour déclencher le tir. En 1888 on installera dans les caponnières des canons de 12 culasse,

Il y a aussi des mortiers pour les tirs courbes à moyenne distance, et nous obtenons, un total d’armement de 45 unités. Tout cela représente des moyens, en hommes et en matériel, considérables.

Plan de positionnement des armements :

canons et mortiers

Chaque pièce, selon son modèle, a besoin de 4 à 8 servants, ainsi que du personnel, pour le chargement en poudre, des douilles et des obus effectués sur place, les manutentions, l’entretien, etc… Le total des artilleurs et des auxiliaires est de 540 hommes pour Bron. Pour les munitions, les ratios de précaution impliquent que chaque canon soit approvisionné avec 700 coups. Il faut 150 tonnes de poudre noire et plus de 20 000 obus pour répondre au besoin, ce qui explique la dimension et le nombre des magasins prévus au fort.

Une question se pose: ce matériel est-il ici ? Un rapport de la Direction de l’Artillerie de la place, établi en 1883, nous apporte d’utiles précisions. Il nous apprend qu’en temps de paix, un armement, dit de sûreté, est présent, à raison d’une pièce sur deux ou trois environ, sur les plates-formes de tir.

Les bâtiments qui séparent ces plates-formes l’une de l’autre, contiennent, dans des caisses plombées, 10 à 20 coups complets et armés, des obus vides et abritent, en outre, le tube de l’autre canon, démonté, dont les affûts sont stockés, avec toutes les culasses mobiles, dans les grands magasins de l’artillerie, situés dans la caserne du "cavalier".

En cas de conflit, tous ces canons supplémentaires, qui constituent ce qui s’appelle l’armement de mobilisation, n’ont plus qu’à être remontés (à noter qu’un affût de 155 pièces pèse 3 200 kg !)

Maquette du fort de Bron

Actuellement le fort est recouvert par la végétation, à sa construction il ne devait y avoir que de l'herbe afin d'éviter des obstacles pour pouvoir tirer avec les canons

LA GARNISON

En plus des 540 hommes prévus pour le service de toutes les pièces d’artillerie, la garnison du fort va comprendre l’artillerie, pour la défense rapprochée de l’ouvrage, des hommes du Génie, des infirmiers, des cuirassiers, …

Le total de l’effectif est porté à 841 personnes très exactement: 1 Commandant du Fort, 17 Officiers, 39 Sous-officiers, 784 Hommes de troupe, sans oublier 10 chevaux ou mulets. Le logement est assuré d’une part dans la caserne du Parados, pour les officiers, les sous-officiers et quelques hommes, et au 1er étage de la caserne centrale du Cavalier, d’autre part, à raison de 56 hommes par chambrée. (Photo donnée par le Colonel Bonijoly).

Plan en coupe de la caserne du cavalier :

casernement

Passez la souris sur le plan

Une cuisine, une boulangerie et une rangée de magasins occupent tout le rez-de-chaussée du Cavalier (1504 m²). Le Fort doit pouvoir résister, et subsister un certain temps, c’est une obligation. A titre d’exemple, le fonctionnement de la boulangerie exige à lui seul une provision de 69400 kg de farine.

L’eau potable est fournie par un puits creusé à 37 mètres peut débiter 50 m3 par jour, et alimenter une citerne de 30 m3 (en cas de guerre, la ration journalière d’eau, par homme, est estimée à 5 litres) Si la pompe du puits tombe en panne,il y a 3 jours de réserve dans la citerne.

L’éclairage, lui, est assuré par des lampes à pétrole, placées dans le magasin, couloirs et escaliers (91 au total), et des bougies pour les chambres. Ces effectifs, et stocks de garnison sont calculés pour le bon fonctionnement du Fort, en temps de guerre.

Zone des différentes parties enterrées et à découvert :

et circulation intérieure et extérieure

Passez la souris sur le plan

Plan en coupe du profil du Fort :

des transformations ont eu lieu plus tard

Passez la souris sur le plan

En temps de paix il pourrait être inférieur en nombre. Examinons rapidement la situation à l’époque: La place de Lyon se compose de plusieurs régiments d’infanterie, de quelques régiments de cavalerie, d’un régiment d’artillerie, plus des éléments du génie, du train, des services, des état-majors… qui compte de 13 à 15000 hommes. Les casernes du quartier de la Part-Dieu et le camp de Sathonay offrent 11500 places.

Les anciens Forts, construits vers 1840 (comme la Vitriollerie, le Fort Lamotte, Montessuy…) modernisés, plus agréables car ils ne sont pas casematés, peuvent loger encore 5 à 6000 hommes. Dans ces conditions, l’autorité militaire n’utilise pour ainsi dire, pas les possibilités des Forts extérieurs, situés loin de la ville, et dispersent trop les troupes.

Bron n’abrite donc, dans ses locaux, hormis le casernier (sorte de concierge militaire), et 1 ou 2 personnes chargées de l’entretien du matériel d’artillerie, que le corps de garde responsable de la surveillance et temporairement, des petites unités, genre Compagnie (120 à 150 personnes) qui viennent séjourner quelques mois, mais rarement plus longtemps.

Date d'étude de l'ouvrage 18 Février 1874
Date de l'approbation du projet 28 Aout 1874
Date de l'adjudication 14 Sept 1874
Prix probable de la dépense 2 865 000 F
Prix approximatif au 15-11-1875 2 750 000 F
Superficie des locaux
Superficie totale des locaux à l'épreuve: 11200 m2
Logement des hommes (823 places lits de casemates) 1750 m2
Magasins d'artillerie 1170 m2
Magasins du Génie 200 m2
Magasins de l'administration et manutention 500 m2
Logement des Officiers 540 m2
Ambulance 100 m2
Écurie pour 10 chevaux 100 m2
Casemates pour canons, postes, locaux, divers 6700 m2
Effectif du Fort en temps de crise :  
1 Commandant 17 Officiers  
39 Sous officiers 784 Hommes de Troupe  
L’armement du Fort est de :  
6 pièces cuirassées  
23 pièces sur plate forme ordinaire  
8 pièces sous casemate de tir indirect  
10 pièces de flanquement  
10 sans emplacement désigné, dont 6 mortiers  
7 pièces de réserve  

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