Situation de la France après la guerre de 1870 :

Notre pays se relève à peine de cette guerre déclenchée en juillet 1870 contre la Confédération du Nord, l’armée Impériale française va être battue et enfoncée par les armées de la Prusse, la Bavière, de Saxe et du Wurtemberg pour finir à capituler à Sedan en septembre avec la chute de Napoléon III et du Second Empire.

Paris va être assiégé, la France envahie et l’ennemi parvenir, avant l’armistice en janvier 1871, jusqu’à Saumur et Pontarlier occupant ainsi plus de 22 départements.

Le traité de paix signé à Francfort en mai 1871, nous enlève l’Alsace et une partie de la Lorraine et nous impose une contribution de 5 millions de francs or, ainsi que la présence à nos portes des armées allemandes, désormais réunies dans un nouvel empire, le Reich, dirigé virtuellement par le chancelier Bismarck, un homme profondément anti-français, autoritaire, rêvant d’hégémonie et qui va finir par rallier à sa cause le royaume d’Autriche – Hongrie en 1879 portant ainsi, en cas de guerre, 7 millions d’hommes à nos frontières face à nos 4 millions de mobilisables.

La défense de la France :

Dans un tel contexte, pour assurer notre sécurité et notre intégrité sur notre territoire dans nos nouvelles limites, une commission de la Défense Nationale dirigée par le Maréchal Mac Mahon , futur Président de la République, composée de 9 généraux dont Séré de Rivières qui en est le secrétaire va définir deux priorités :

Une réorganisation de l’armée avec un recrutement basé sur un principe déjà retenu par la Révolution en Fructidor An VI déclarant que « tout français est un soldat et se doit à la défense de la Patrie » On va donc avoir un service militaire obligatoire, plus de remplacement, de 20 ans (porté à 25 ans en 1889) décomposé en période active de 5 ans ou de 1 an selon un tirage au sort suivi d’un passage dans la réserve puis dans l’armée territoriale.

Une fortification près des frontières destinée à ralentir et à canaliser l’avance ennemie pour permettre à nos troupes de se mobiliser et de se placer aux endroits stratégiques. Cette fortification est constituée de places fortes reliées entre elles. On a ainsi deux rideaux défensifs : Toul - Verdun et Épinal - Belfort et deux camps retranchés à l’arrière Paris au nord et Lyon au sud.

Ces places fortes comportent ainsi outre une base logistique, une garnison plus ou moins forte susceptible d’intervenir en sorties et sont protégées par une ceinture de feu assurée par l’artillerie.

Le camp retranché de Lyon répond à cette définition. Situé en troisième position sur la frontière des Alpes en arrière de Briançon, Albertville et Grenoble, il abrite une garnison de 15 à 20000 hommes, l’Etat Major d’un corps d’Armée et est entouré d’une couronne de forts et de batteries supportant plus de 400 bouches à feu susceptibles de se protéger mutuellement par des tirs d’intervalles et, pour les pièces à longue portée, à empêcher l’ennemi d’installer ses propres batteries de canons et de bombarder la ville.

Le Fort de Bron :

On va le trouver à l’est de Lyon, au centre du 3ème secteur de défense, celui dit de la Rive Gauche du Rhône. Sa composition, ses éléments, nous sont bien connus mais néanmoins certains points méritent quelques précisions ou compléments.

Il est du type dit " à cavalier " Ce terme désigne un fort comportant une butte principale, le cavalier et une butte circulaire plus basse. Sur ces deux buttes, sont situés les emplacements pour les pièces d’artillerie appelées « Plate forme de tir » et non cavalier comme on a parfois tendance à les nommer.

La structure du fort est isolée de l’extérieur par un fossé qui l’entoure complètement. Cette disposition issue du Moyen Age sera conservée très longtemps puisque même les forts de la Ligne Maginot en 39/40 en seront pourvus.

Ces fossés sont battus par les feux issus de casemates à leur niveau, des caponnières à l’intérieur remplacées par des coffres aux angles à l’extérieur après 1885.

Les plans des forts dits Séré de Rivières sont établis par des officiers du Génie ayant suivi une formation spécifique comportant des règles précises, on dirait aujourd’hui des normes, concernant, le logement de la garnison, le stockage des matériels ou des munitions. Chaque fort à donc sa structure propre mais des éléments avec des caractéristiques identiques. A titre d’exemple les chambres du Parados à Bron destinées au logement des officiers, ont au cm près, les mêmes dimensions que celles du parados à Feyzin.

L’éclairage :

Dans une structure en grande partie souterraine l’éclairage à assurer est primordial. Pour Bron, où l’électricité ne parviendra qu’à partir de 1912, le fort va utiliser d’abord l’éclairage naturel durant la journée. Celui-ci, outre les ouvertures existantes est réalisé à partir de cheminées verticales dénommées « puits de lumière » protégées par une verrière extérieure et qui assurent également la ventilation de l’air nécessaire pour éviter la condensation et l’humidité inhérentes à toutes constructions souterraines.

Quand la lumière du jour n’est pas ou n’est plus possible, on a recours à un éclairage artificiel mis en œuvre par des lanternes à huile végétale (huile de colza), puis à partir de 1898, des lanternes à pétrole (huile minérale). " ces lanternes " sont placées dans des cages-appliques rectangulaires s’accrochant aux parois verticales par deux supports métalliques, dans les lieux de circulation, principalement dans les changements de pente et dans les changements de direction et réparties en fonction des distances à parcourir.

On va avoir ainsi 88 cages-appliques, plus 12 lanternes portatives pour les déplacements ou éclairage momentané de locaux divers (ateliers, latrines, etc.) Deux services se distinguent au niveau des lanternes, le service du génie et le service de l'artillerie, chacun a son propre matériel, à huile ou à pétrole. La dimension du bec est exprimée en lignes, ainsi un bec de 10 lignes, aura une mèche d'une largeur de 45 mm. La puissance est équivalente à 15 watts environ. Selon les modèles sont prévues pour "tourner" entre 6 à12h. Les officiers avaient des " lampes quinquet " qu'ils posaient sur leur table.

Correctif sur les lanternes fait par Garnier Florian http://www.cahieralbi.fr/

Il faut savoir que les prescriptions du Ministre de la Guerre imposent à toute fortification de pouvoir résister à un siège et un encerclement total un minimum de 90 jours. Les approvisionnements nécessaires (alimentations, munitions, combustibles, etc.) doivent donc être prévus et réalisés sur cette base. On a ainsi à Bron, 6000 litres d’huile minérale en stock, plus 30000 bougies destinées à l’éclairage des locaux d’habitation assuré par des chandeliers.

Un éclairage électrique classique, extérieur et intérieur, sera mis en place à une date non précisée mais postérieure à 1912. Le plan de l’installation n’a pu être retrouvé, seul subsiste, à certains endroits, les traces encore existantes de cette installation.

L’alimentation :

Avant d’aborder cette question, il faut rappeler que les données et les éléments que nous connaissons et que nous fournissons ne s’appliquent qu’à une structure en fonctionnement avec une garnison de guerre. Cette condition n’a jamais été remplie et on va donc avoir une utilisation partielle et temporaire uniquement du fort.

La ration alimentaire du soldat comporte une part importante de pain employé tel quel ou dans des soupes. Une boulangerie à deux fours (chauffage au bois) existe donc utilisant un stock de farine entreposé dans les magasins d’ordinaire. Ces magasins contiennent également les conserves, viande et légumes, employées par les deux cuisines fonctionnant au cavalier et parados. Tous ces stocks sont calculés pour trois mois avec une rotation de la limitation de survie pour certains produits.

A noter que dans ces calculs, la ration de l’officier correspond à une ration et demi d’un soldat. Après 1890, vu le rôle désormais dévolu à Bron, il est fort vraisemblable que ces stocks de sûreté vont s’amenuiser progressivement sinon disparaître.

L’armement :

Jusqu’à la construction et la mise en service des forts de Meyzieu, Genas et St-Priest, la mission d’interdiction du fort de Bron nécessite une artillerie conséquente disposée en son sein. On va donc avoir une dotation en pièces de gros calibre 120 mm et 138 mm (remplacée ultérieurement par du 155) réparties sur les plates-formes de tir situées sur le cavalier et l’enceinte basse.

Un dispositif dit de sûreté existe. Il consiste à placer une pièce complète sur son affût en permanence sur une plate-forme et un affût seul sur la seconde plate forme, le canon de la deuxième pièce est entreposé dans l’abri construit entre ces deux plates-formes

Dans ce même abri était prévu 10 coups complets pour la pièce en sûreté. Un coup complet comprend : un obus (explosif ou à balles) chargé et muni de sa fusée de contact vissée à son extrémité, la gargousse propulsive en toile remplie de poudre, l’étoupille de mise à feu prête à être placée dans la culasse du canon donc 4 éléments différents à rassembler en fonction du calibre de la pièce. Pour les regrouper, il faut s’approvisionner dans les différents magasins du fort ce qui, faut-il le remarquer au passage, ne faciliterait pas le travail en cas d’urgence et de combat.

Pour la durée d’autonomie prévue de 90 jours, chaque pièce d’artillerie doit pouvoir disposer de 700 coups.

Les batteries cuirassées :

On désigne sous ce vocable un dispositif constitué d’une casemate convexe dirigée vers l’extérieur et munie d’une ouverture circulaire fermée par un verrou métallique vertical et coulissant, la toiture est protégée par un couvercle en fonte dure reposant sur la maçonnerie au travers d’une couche de sable.

Pour l’utilisation le tube d’un canon monté sur un affût mobile sera placé devant l’ouverture démasquée afin d’assurer le tir. Six de ces batteries étaient prévues à Bron La N° 1 au Nord, la N° 6 au sud c’est celle que nous connaissons les N° 3, 4 et 6 avaient un gros monte charge intérieur encadré par un escalier.

Des batteries du même type étaient également prévues dans les autres forts principaux de Lyon mais tout comme à Bron, ne furent jamais réalisées. En effet, vu les difficultés de construction et l’angle latéral de tir trop réduit, ce dispositif fut abandonné et on conservera seulement les éléments en maçonnerie déjà existants.

Les magasins à poudre :

L’artillerie du fort a besoin de poudre pour ses canons. Cette poudre noire (à l’époque, très inflammable et produisant beaucoup de fumée est de deux sortes : l’une explosive dans les obus, l’autre propulsive pour les gargousses (à noter que ces opérations de chargement s’effectuent sur place, dans les locaux du fort).

Ces poudres vont être contenues dans des caisses rectangulaires en bois avec un intérieur en zinc qui seront empilées dans les magasins à poudre.

Tous les forts de ces années ont des magasins à poudre standards dont les caractéristiques et les dimensions ont été définis dans les cours de formation, chambre d’éclairage séparée avec 3 couvertures étanches, largeur de 6 mètres, hauteur sous la clef de voûte de 4m80, seule la longueur est variable selon la quantité de poudre à prévoir.

L’humidité étant néfaste à la conservation de la poudre noire, remplacée par la poudre B sans fumée à partir de 1890, la construction va en tenir compte, isolation par rapport au terrain, ventilation renforcée, une couche d’asphalte recouvrera la maçonnerie de la voûte.

La sécurité extérieure repose, comme pour l’ensemble du fort, sur une épaisseur de terre faisant obstacle aux tirs des obus. Pour les magasins à poudre cette épaisseur va atteindre 9 m suffisante pour résister à un projectile de 40 kg pénétrant à 2 ou 3 m maximum. Lors de l’apparition, en 1885, des nouveaux « obus torpilles » chargés de mélinite, ayant le même poids, leur pénétration reste identique, seuls les déblais de l’entonnoir furent plus importants mais ne remirent pas en cause la sécurité assurée par ces épaisseurs existantes.

En 1892 on réalise un projet d'installation de deux magasins à poudre de 100000 Kg, mais ils ne seront pas réalisés.

Par contre en 1914, la mise en œuvre de canons à tir courbe, les obusiers, dont certains pouvaient, à courte distance (8 à 12 km) envoyer des obus explosifs pouvant atteindre 500 voire 700 kg vont rendre ces magasins à poudre totalement hors d’usage.

Texte écrit par jean François Brunet et transcrit par Raphael Pallas

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